La conversation avec ma responsable a été fort intéressante. Sociologiquement intéressante.
Tout d'abord elle m'a affirmé, sans rougir, que rien ne s'était passé pendant mon absence, que personne n'avait suivi ce dossier et que par conséquent elle ne savait pas où cela en était. Et dire que ce dossier était soit disant stratégique avant que je parte... et qu'on m'a laissée travailler dessus pendant 10 mois avant mon départ alors que le projet était "mort" dans l'entreprise. Il faut souligner, car je ne l'ai pas mentionné avant, que l'on m'a confié ce projet au retour de mon premier congé maternité...
Mon rendez-vous avec elle a fini par durer 1h pendant laquelle j'ai quand même été obligée d'entendre que l'entreprise n'avait pas arrêtée pendant mon absence, qu'"ils" avaient vécu des moments très difficiles et que c'était comme ça. "Oui, je sais ce n'est pas évident de revenir, j'ai vecu ça 3 fois..." me dit-elle. Et je lui réponds simplement que je pensais que les choses avaient quelque peu évoluées ces dernières années avec tout ce que l'on fait ou essaie de faire pour protéger les femmes dans l'entreprise. "Mais ce n'est pas du tout une question du statut de la femme dans l'entreprise, un homme serait parti en congé longue durée ce serait pareil". Oui, mais un homme qui part en congé longue durée c'est pour faire le tour du monde. Moi je ne suis pas allée me balader et si je voulais avoir des enfants, comment dire, je n'avais pas trop le choix de partir ou pas. Je pense donc bien qu'au contraire il s'agit complètement d'une question de statut de la femme dans l'entreprise mais on ne va pas rentrer dans ce débat là."
Alors voilà, elle m'a dit de faire de la prospection sur le sujet en lien avec mon projet pour voir s'il y avait là matière à garder un "pôle" sur cette thématique dans son équipe. De quoi m'occuper ou de quoi dire que je suis occupée. Et hop, un problème de moins, on passe à autre chose. Et moi, et bien moi ça va. Enfin, j'étais quand même contente de rentrer chez moi lundi soir. Je suis partie tôt, je suis allée chercher mon fils à la crèche et je me rends compte que c'est ça qui compte. C'est ça la vraie vie. Et c'est vraiment dommage qu'on inflige aux jeunes mamans une telle épreuve en rentrant dans l'entreprise. On est mère, on est forte, on a une énergie débordante et en ce qui me concerne j'ai envie de travailler. De produire, de faire, d'aider, de contribuer, de collaborer. Et au lieu d'utiliser ça, de transformer cette énergie en puissance pour l'entreprise, on ne m'accueille pas, on me met dans un bureau à 3, on fait comme si je n'étais pas là, on me traite comme un problème.
Je m'étais psychologiquement prépaprée à ce retour. Heureusement. Car c'est tout de même très violent et ça peut faire très mal. Mais je vais bien. Je suis au-dessus de ça. A voir pendant combien de temps cela ne m'atteindra pas.
dimanche 7 octobre 2012
samedi 6 octobre 2012
Le premier jour (2/3)
Pourtant je n'ai plus le même bureau : j'ai quitté un grand bureau individuel pour revenir dans un bureau de même taille partagé avec 2 autres personnes dont une autre collègue rentrée de congé maternité 15 jours plus tôt que moi (qui elle aussi avait un bureau individuel avant de partir) et un consultant extérieur...
Mes affaires ont été placées dans des cartons pour le déménagement et les cartons sont toujours là. On les a fait mais personne n'a pensé à les défaire et à remettre mes affaires dans mon placard avant mon retour. Un de mes placard a d'ailleurs disparu... j'ai cru comprendre qu'il se trouve dans le bureau de deux autres collègues mais personne ne m'en a informée.
D'ailleurs, personne ne m'a accueillie à mon arrivée. Ma responsable n'est pas venue me voir, n'a pas jugé nécessaire de me consacrer 5 minutes lundi matin alors que je revenais après 11 mois d'absence. Pas un message de bienvenue. Juste une alerte dans mon agenda outlook pour me prévenir que mon rdv de retour de congé maternité avec la directrice du département initialement prévu le mardi avait été décalé au vendredi.
Puis il y a eu la réunion de service qui a lieu tous les lundi en début d'après-midi. Pas un mot de bienvenue à mon égard, pas de présentation aux/des nouvelles personnes arrivées dans l'équipe. C'était comme si je n'étais jamais partie ou plutôt, c'était comme si je n'étais pas revenue! Puis il y a eu l'habituel tour de table où chacun parle de son actulaité de la semaine. Et ma responsable a bien été obligée de me passer la parole : "Je suis arrivée ce matin, j'ai découvert mon nouveau bureau, j'ai allumé mon ordinateur, j'ai regardé mes messages... Voilà... J'ai hâte d'en savoir plus sur la suite." Silence. "On peut se voir toute à l'heure si tu souhaites" m'a-t-elle répondu. "Bien volontiers."
Ça y est elle ne pouvait plus faire semblant que je n'étais pas là. "Zut alors, il va falloir s'occuper du problème alors que j'aurais bien fait l'autruche encore pendant quelques jours... Histoire de gagner du temps et voir si quelqu'un d'autre ne règle pas la situation ou, encore mieux, voir si la situation ne se règle pas d'elle-même". Bien sûr elle n'a pas dit ça mais elle l'aurait fait ça aurait eu le mérite d'être honnête. Enfin, il faudrait déjà qu'elle puisse être honnête avec elle-même. J'arrête, ce post, ce blog, n'est pas là pour faire le procès de ma responsable mais bien pour décrire une situation qui est très certainement le résultat d'une attitude collective au sein de l'entreprise.
Donc, peut-être 1h après la fin de la réunion de service je reçois un message de ma responsable me demandant de participer à la fin de la semaine à une réunion à l'extérieur avec les partenaires du projet dont je m'occupais avant de partir en congé. Le projet ne représentait plus depuis plusieurs mois avant mon départ un très grand intérêt pour ma société qui ne partageait pas la même vision de celui-ci avec l'équipe chargée de le coordonner. Je lui réponds en lui demandant s'il est possible, pour que je puisse au mieux représenter la société lors de cette réunion, qu'elle puisse me dire où en était le projet, ce qu'il s'était passé à ce sujet pendant les 11 mois durant lesquels j'avais été en congé et quelle était la position à tenir.
J'ai eu droit à une visite dans mon bureau! Ma responsable m'a proposé que l'on se voit dans son bureau et je me suis bien sûr exécutée.
D'ailleurs, personne ne m'a accueillie à mon arrivée. Ma responsable n'est pas venue me voir, n'a pas jugé nécessaire de me consacrer 5 minutes lundi matin alors que je revenais après 11 mois d'absence. Pas un message de bienvenue. Juste une alerte dans mon agenda outlook pour me prévenir que mon rdv de retour de congé maternité avec la directrice du département initialement prévu le mardi avait été décalé au vendredi.
Puis il y a eu la réunion de service qui a lieu tous les lundi en début d'après-midi. Pas un mot de bienvenue à mon égard, pas de présentation aux/des nouvelles personnes arrivées dans l'équipe. C'était comme si je n'étais jamais partie ou plutôt, c'était comme si je n'étais pas revenue! Puis il y a eu l'habituel tour de table où chacun parle de son actulaité de la semaine. Et ma responsable a bien été obligée de me passer la parole : "Je suis arrivée ce matin, j'ai découvert mon nouveau bureau, j'ai allumé mon ordinateur, j'ai regardé mes messages... Voilà... J'ai hâte d'en savoir plus sur la suite." Silence. "On peut se voir toute à l'heure si tu souhaites" m'a-t-elle répondu. "Bien volontiers."
Ça y est elle ne pouvait plus faire semblant que je n'étais pas là. "Zut alors, il va falloir s'occuper du problème alors que j'aurais bien fait l'autruche encore pendant quelques jours... Histoire de gagner du temps et voir si quelqu'un d'autre ne règle pas la situation ou, encore mieux, voir si la situation ne se règle pas d'elle-même". Bien sûr elle n'a pas dit ça mais elle l'aurait fait ça aurait eu le mérite d'être honnête. Enfin, il faudrait déjà qu'elle puisse être honnête avec elle-même. J'arrête, ce post, ce blog, n'est pas là pour faire le procès de ma responsable mais bien pour décrire une situation qui est très certainement le résultat d'une attitude collective au sein de l'entreprise.
Donc, peut-être 1h après la fin de la réunion de service je reçois un message de ma responsable me demandant de participer à la fin de la semaine à une réunion à l'extérieur avec les partenaires du projet dont je m'occupais avant de partir en congé. Le projet ne représentait plus depuis plusieurs mois avant mon départ un très grand intérêt pour ma société qui ne partageait pas la même vision de celui-ci avec l'équipe chargée de le coordonner. Je lui réponds en lui demandant s'il est possible, pour que je puisse au mieux représenter la société lors de cette réunion, qu'elle puisse me dire où en était le projet, ce qu'il s'était passé à ce sujet pendant les 11 mois durant lesquels j'avais été en congé et quelle était la position à tenir.
J'ai eu droit à une visite dans mon bureau! Ma responsable m'a proposé que l'on se voit dans son bureau et je me suis bien sûr exécutée.
Le premier jour (1/3)
Voilà, j’ai repris le travail lundi dernier après 11 mois de « pause » de congé maternité puis de congé parental. Comme pour toutes les femmes qui sont passées par là (ou presque, il ne faut jamais généraliser !), cela a été un peu difficile de laisser ma louloute à la maison, surtout en ce moment.... elle a 9 mois, l’âge dit de l’ « angoisse de la séparation ». Bon, mais en maman connaisseuse et expérimentée puisque louloute est mon deuxième enfant, j’étais moi-même un peu moins angoissée que lorsque j’ai laissé mon premier. Et puis je m’y étais préparée à ce moment. Préparée à quitter ma fille vous me demanderez ? Non, pas tellement, cela ne m’a jamais véritablement angoissée. Bien sûr j’avais le cœur un peu serré en la laissant les premières fois à la nounou, j’étais inquiète en voyant comment elle vivait difficilement les premières séparations mais j’ai toujours su (c’est l’avantage du deuxième enfant) qu’avec le temps cela allait s’atténuer et finir par s’arranger. Et ce processus est effectivement en bonne voie !
Non, la préparation psychologique dont je parle c’est celle pour vivre le retour à mon bureau. Salariée d’une filiale dit « in-house » d’une grande institution française qui n’a d’ailleurs pas d’équivalent à l’étranger, j’ai toujours pensé que j’aurais la chance de vivre mes deux congés maternité dans de bonnes conditions. Naïve... Naïve de croire que nous sommes en 2012 et que les mentalités ont évoluées. Naïve de croire qu’avec toutes les mesures mises en place pour protéger les femmes de discrimination dans le dur monde du travail, je n’avais rien à craindre en partant en congé maternité. Très naïve de croire qu’ayant un management exclusivement féminin au sein du département dans lequel je travaille, les choses seraient d’autant plus facile (mais oui, elles ont toutes déjà vécu la même chose que moi !). Naïve de croire qu’étant intelligente, compétente, fiable et diplômée (et ce ne sont pas mes seules qualités), j’étais à l’abri de ce qu’il m’arrive aujourd’hui.
J’ai perdu cette naïveté après mon premier retour de congé maternité que j’aurais sûrement l’occasion de vous le raconter un de ces jours. Mais en retournant au bureau lundi matin, je savais exactement à quoi m’attendre. Heureusement. Car sans s’y préparer, je pense que le choc peut être dur à encaisser. Voilà, cette fois-ci, je m’y suis préparée, je suis forte, je suis sûre de moi, je suis lucide. Mais ce n’est pas pour autant que je vais faire semblant que tout va bien et que c’est une situation normale. Je ne suis pas la première et certainement pas la dernière à vivre cette situation mais une chose est sûre, cette situation n’est pas normale. Cette situation n’est pas humaine, cette situation n’est pas juste. Ce n’est pas acceptable. J’ai fait un enfant, je reviens et on m’affirme que rien n’a changé – la loi oblige – sous couvert que j’ai toujours le même salaire et que je compte toujours comme un ETP dans les effectifs de la société.
Et pourtant...
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